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01.03.2008
Economies d'énergie : quelle réalité ? Echange avec Jean-Marc Pennarun, technicien BET
Energie solaire, récupération d'eaux pluviales, pompe à chaleur (géothermie et aérothermie), réseau de chaleur, chaufferie bois, ventilation double flux avec récupération de chaleur...
Alors que la gestion des ressources en énergies fait plus que jamais débat, je publie aujourd’hui un échange avec Jean-Marc Pennarun, technicien chez Sobretec - un bureau d'études techniques brestois (Finistère) dans le domaine du bâtiment, spécialisé dans les logements collectifs et les bâtiments tertiaires. De quoi en savoir d’avantage sur les pratiques françaises habituelles.
- Tout d’abord, quel est votre rôle au sein de Sobretec ?
JMP : En premier lieu je suis chargé des prescriptions fluides - plomberie, chauffage, ventilation, climatisation. Je m'occupe également des études comparatives entre différents systèmes de chauffage et différentes énergies en comparant l'aspect financier (investissement et coût de fonctionnement) et l'aspect pollution (principalement le dégagement de grammes d'équivalent CO2 en fonction de l'énergie retenue). J’ai aussi pour fonction d’assurer les études thermiques pour les bâtiments que l'on conçoit, ce qui permet de vérifier la conformité des performances énergétiques, notamment thermiques, des bâtiments avec les réglementations en vigueur (parmi lesquelles la Réglementation Thermique 2005).
- Les évolutions ont dû être assez nombreuses depuis la nouvelle réglementation.
JMP : Oui. Par exemple, dans mes prescriptions plomberie, je dois systématiquement décrire la façon dont est produite l'eau chaude sanitaire. Avec la nouvelle RT, le recours au solaire est quasiment devenu une obligation dès lors que la consommation est équivalente ou supérieure à celle d’un ménage.
- De quoi est faite la part la plus importante de votre travail ?
JMP : Le gros de mon travail est constitué par la prescription. Pour la plomberie : outre la production d'eau chaude, on fait parfois de la récupération d'eaux pluviales. Mais il y a différents sons de cloche, donc on est un peu dans l'expectative. D'un côté l'intérêt est certain. Pourquoi donc utiliser de l'eau potable pour les WC ? La France est le seul pays d'Europe à le faire. Mais... les taxes payées aux compagnies concessionnaires des réseaux d'eau leurs servent à payer le retraitement de l'eau. Ces taxes sont basées sur l'eau potable consommée et non sur l'eau rejetée... Le manque à gagner pour les compagnies concessionnaires est évident.
Par ailleurs, la DDASS interdit parfois le recours à ce système pour des raisons hygiéniques. Si l'eau n'est pas potable, il y a un risque sanitaire si quelqu'un en consomme. Je ne m’étendrai pas sur les raisons qui pourraient pousser des enfants ou quelques étudiants à boire l’eau des WC ou des urinoirs, et sur la validité d’un tel argument… toujours est-il qu’il est avancé pour interdire le recours à ce système dans bon nombre de départements français.
- On ne pourrait pas adapter le produit pour éliminer ces risques ?
JMP : Cela se fait déjà. L’une des solutions consiste à colorer l’eau, souvent en rose, avec un produit non polluant. Néanmoins, il faut signaler un autre risque. Bien que les canalisations soient spécifiquement repérées, le risque existe qu’un lavabo auquel les gens boiront soit installé quelques années plus tard et branché sur le tuyau d’eau le plus proche.
- Pouvez-vous nous dire plus clairement quel est votre avis sur ce système de récupération d’eaux pluviales ?
JMP : Je suis favorable à la récupération et à la réutilisation des eaux pluviales, tant pour les WC, que l'arrosage des espaces verts et le lavage des véhicules. Si nos voisins européens le font, on peut le faire aussi.
- Pour reparler des urinoirs : il y a tout de même un gaspillage d’eau assez net…
JMP : On a parfois recours à des modèles ne consommant qu'un litre d'eau par chasse, au lieu de trois, voire à des urinoirs chimiques ne nécessitant pas d'alimentation en eau.
- Parlons chauffage maintenant.
JMP : C'est le nerf de la guerre dans le cadre des économies d'énergie. Le choix s'effectue en fonction de ce qui est disponible ou c'est parfois imposé par le client (le maître d'ouvrage). Par exemple, s'il n'y a pas de gaz de ville, le gaz n'est pas très intéressant comme solution (stockage de propane). Par ailleurs, le choix des énergies se fait parfois de façon assez arbitraire, en fonction des coûts actuels de telle ou telle énergie et de l'évolution supposée de leurs coûts. Or leur évolution, bien malin qui sait ce qu'elle sera dans 20 ans.
Les chaudières consommant des énergies fossiles (gaz ou fioul) semblent être vouées à disparaître pour les installations de faible et moyenne puissance. Néanmoins, même pour de faibles puissances ces solutions restent préférables aux solutions électriques traditionnelles, telles que les radiateurs électriques ou encore les planchers et plafonds rayonnants. Je pense que les pompes à chaleur, grâce à leur rendement 2 à 3 fois supérieur, ont vocation à remplacer les chaudières. Pour expliquer sommairement le principe de fonctionnement d’une pompe à chaleur, l’énergie restituée pour le chauffage n’est pas l’énergie absorbée. L’électricité absorbée sert à faire fonctionner des pompes de circulation et des compresseurs, ce qui permet à la pompe à chaleur de prélever des calories dans le sol (géothermie) ou dans l’air (aérothermie). La production électrique française étant, pour l’essentiel, d’origine nucléaire, les solutions basées sur l’électricité devraient logiquement être moins affectées par la hausse des cours du pétrole et du gaz. Malheureusement, et c’est une spécificité française, le cours de l’électricité est indexé sur celui du gaz, lui-même indexé sur celui du pétrole.
Autre point à souligner : si le rendement d’une pompe à chaleur est le double ou le triple de celui du gaz, le prix du kilowatt-heure électrique est environ le double de celui du fioul et le triple de celui du gaz. Les coûts de fonctionnement annuels sont donc comparables, à cause d’un tarif électrique devenu injustifiable.
Après avoir considéré le cas de la production de chaleur, il faut aussi se pencher sur les problèmes que posent sa diffusion. Chauffer l'air est un pis aller dans un espace ventilé : à la moindre ouverture de porte ou de fenêtre, tout fout le camp dehors. On privilégie donc des systèmes à inertie qui diffusent une plus grande partie de la chaleur par rayonnement -planchers chauffants, radiateurs à bain d'huile, radiateurs électriques à chaleur douce, plafonds rayonnants, etc.. Ces systèmes de diffusion de chaleur permettent de limiter les pertes et donc d'abaisser les consommations tout en améliorant le confort. D'ailleurs les convecteurs électriques (surnommés "grille pain") sont interdits dans les bâtiments neufs depuis la réglementation thermique 2005.
- Existe-t-il d’autres systèmes novateurs aujourd’hui ?
JMP : Dans les villes en disposant, le recours au réseau de chaleur peut aussi être intéressant, ainsi la combustion des déchets permet de chauffer une grande quantité d'eau qui circule sous forme de vapeur ou d'eau surchauffée, et via des sous-stations permet de chauffer et de produire de l'eau chaude sanitaire dans les bâtiments collectifs. Par exemple à Brest, Dalkia gère le réseau et les sous-stations. L’usine du Spernot permet déjà le chauffage de nombreux bâtiments du nord de cette ville (citons l’exemple du quartier de l’Europe). Le réseau de chauffage urbain se déploie progressivement dans toute la ville.
Les chaufferies bois peuvent être une autre alternative intéressante aux énergies fossiles dès lors qu’existe une production localisée de déchets, par exemple une scierie. Lorsqu’une production locale n’est pas possible, les coûts d’acheminement du combustible tendent à réduire l’intérêt d’une telle solution.
- Qu’en est-il de la ventilation maintenant ?
JMP : il faut savoir qu'environ un tiers des besoins de chauffage d'un bâtiment servent à compenser les pertes thermiques concédées par renouvellement d'air. Pour lutter contre ça : on ne ventile à 100% du débit que pendant des périodes réduites. Pour ça on utilise soit des temporisations, soit de la détection de présence (des capteurs infrarouges, des sondes CO2, ou encore des capteurs d'humidité dans les pièces dites « humides », notamment les douches et vestiaires). On n'utilise plus que très peu la ventilation classique dite simple flux, on utilise soit du simple flux hygroréglable (fonctionne selon l'humidité) soit du double flux. Double-flux signifie qu'on souffle et extrait de l'air au lieu de seulement l'extraire, il n'y a donc plus d'entrées d'air dans les menuiseries des fenêtres. La ventilation double-flux est souvent couplée à de la récupération de chaleur, et parfois agrémentée de "batteries chaudes" (canalisations de chauffage permettant de préchauffer l'air soufflé). La récupération de chaleur se fait selon un principe simple : l'air extrait (chaud) croise l'air neuf (froid) dans un échangeur thermique. L'air extrait se refroidit tandis que l'air neuf est réchauffé. L’air peut donc être insufflé à 18 ou 19°C, ce qui améliore le confort des utilisateurs. L'efficacité de la récupération de chaleur est d'environ 2/3 (70%). Sachant que sans cette récupération les pertes par ventilation sont d'1/3, la consommation du bâtiment n'est plus que de 80% de celle d'origine avec un tel système. Bien sûr, comme il faut souffler l'air il faut un deuxième moteur de ventilateur qui consomme un peu mais c'est assez faible par rapport aux gains thermiques.
- Et niveau climatisation, que faites-vous ?
JMP : Je fais assez peu de climatisation puisque les températures excèdent rarement les 30 °C même en été, grâce au climat océanique de la région.. Grâce à la conception du bâtiment et aux épaisseurs d'isolant conséquentes, il n’est pas nécessaire de climatiser les locaux, sauf en cas de besoins spécifiques (par exemple des locaux avec des serveurs informatique). Mais globalement je n’ai pas assez d’expérience, pense-je, pour exposer précisément ce qui doit être dit à ce sujet.
- Dans ces différents domaines, y a-t-il des réglementations ou des aides qui pousseraient à opter pour des solutions plus chères et plus écologiques ?
JMP : Pour le chauffage oui, il existe notamment des crédits d’impôts pour les particuliers, pour la ventilation je ne crois pas. Mais on doit être conforme à la réglementation thermique, c’est une obligation absolue ! De toute manière, les systèmes les plus chers étant plus efficaces ils permettent d'améliorer les performances du bâtiment et favorisent sa conformité.
- Je suppose qu’il doit être difficile de toujours faire respecter la prescription qui vous tient le plus à cœur, voire même d’orienter cette prescription comme vous le voulez.
JMP : Bien sûr dans mon métier je dois composer avec les contraintes budgétaires et je ne peux pas imposer à tout le monde d'avoir recours aux solutions les plus vertes possibles !
Merci à Jean-Marc Pennarun.
20:33 Publié dans Réchauffement climatique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie d'énergie





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