15.03.2008
Avortement : remise en cause au Brésil ?
Le 14 mars, l'Eglise catholique brésilienne a distribué plus de 600 fœtus en plastique dans les 264 paroisses de Rio de Janeiro pour qu'ils soient présentés au cours de messes célébrées "en défense de la vie". Cette initiative a pour objectif d'empêcher le Parlement d'adopter une loi permissive sur l'avortement. A ce jour, l'avortement est autorisé en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.
Jouer avec nos émotions est le seul recours qui leur reste ? Pourquoi s'y limiter ? Parce que scientifiquement et philosophiquement parlant, ils savent qu'ils sont battus. Vous allez me dire : en quoi le sont-ils ?
Pour cela, rappelons ce qu'est un être vivant humain. Un être vivant est un système vivant capable de survivre en un milieu par ses propres moyens et doué de plusieurs fonctions. Ce qu'est un humain. Ce que n'est ni une main, ni un estomac, ni un pied (détachés de l'humain, ils ne sont plus rien). Ce que n'est pas non plus un foetus : pour survivre, il a en effet besoin du corps de la mère ainsi que de nutriments, d'hormones et d'agents immunitaires apportés par la mère (notamment par le cordon ombilical). Ce qui le différencie d'ailleurs de l'enfant, lequel ingère et assimile lui-même ses aliments, produit ses propres agents immutaires, n'a pas besoin de lien et transmission physiologique directs avec la mère, etc.
Un être vivant humain étant nécessairement un être vivant, et le foetus n'étant pas un être vivant, il ne peut être un être vivant humain. Simple, non ? Mais symboliquement difficile à concevoir, certes. D'où d'ailleurs cette émotion en cas d'avortement, et ce jeu sur les émotions par l'Eglise catholique aujourd'hui au Brésil...
Que répondre aussi à ceux qui affirment, par opposition au droit d'avorter, que l'embryon et le foetus sont tout au moins potentiellement des êtres vivants humains, ou encore des êtres vivants humains "en devenir" ? Que leur réflexion est stupide. Si l'on suit leur raisonnement, l'humain étant voué à mourir, alors les adultes, les enfants, les bébés, les foetus, les embryons sont des morts "en devenir", des "potentiellement morts", et non des êtres vivants humains à part entière, doués d'un droit de vie.
Rappelons aussi que l'embryon ne développe un système neuronal (cellules du système nerveux) qu'à la fin du premier trimestre de la grossesse et que la liaison thalamus-cortex (responsable de l'apparition du ressenti de la douleur) ne se fait qu'à la fin du deuxième trimestre (25-26ème semaine). De quoi balayer aussi quelques arguments à propos de la souffrance des embryons (sic) et des foetus lors de l'avortement.
02:46 Publié dans Avortement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : avortement
08.03.2008
Estelle : "Pour moi, le donneur, c'est mon père biologique"
In "Enfants du don - Procréation médicalement assistée : parents et enfants témoignent" de Dominique MEHL
Estelle a 21 ans. Elle est née grâce à une insémination artificielle avec donneur (IAD), dont le secret de la procédure lui a été levé vers l'âge de 3 ans.
"J'aimerais vraiment pouvoir rencontrer mon donneur. Je n'ai pas du tout envie de m'incruster dans sa vie. Juste mettre une image, déjà voir à quoi il ressemble.
J'accorde beaucoup d'importance à l'héritage, à l'histoire personnelle. J'ai besoin de savoir ce qui coule dans mes veines, de connaitre mes origines. Il y a un vieil adage qui dit : "Pas de père, pas de repère". Pour l'enfant, il a papa, maman, ils s'occupent de toi, c'est la symbolique. Mais il y a aussi l'héritage biologique. Et moi, je n'ai que le côté symbolique.
Pour moi, le donneur, c'est mon père biologique.
Mais je ne voudrais pas qu'il ait des droits. Je n'ai plus l'âge de chercher un nouveau papa. C'est celui qui m'a élevéen qui m'a donné mon nom, qui a toujours été là, qui a des droits. Je suis seulement curieuse. Le plus important, c'est juste de pouvoir mettre une image. Savoir, pouvoir me dire que je descends de lui.
Ce qui me préoccupe aussi, c'est que je peux en toute légalité épouser mon frère sans le savoir, ou, en toute ignorance, croiser mon père dans la rue. Et ça me fait toujours bizarre quand quelqu'un me dit : "Mais tu ressembles trop à Untel". Ca n'a pas du tout le même effet pour moi que pour quelqu'un qui connait ses deux parents génétiques.
On n'est pas du tout en phase avec ce qui se passe dans le monde et en Europe. L'Angleterre vide voter une loi pour que les enfants ayant atteint leur majorité puissent avoir accès à leurs origines. Plein d'autres pays font pareil.
Pour les donneurs, c'est sûr qu'il y a une peur d'intrusion dans leur vie, et ça, je peux le comprendre. Mais je pense que ce serait mieux qu'ils donnent en sachant que, si jamais l'enfant, en atteignant sa majorité, a besoin de savoir, il puisse le faire. Avec les règles actuelles, on fait comme s'il ne s'était rien passé. Mais c'est un mensonge. Il ne s'est pas rien passé. Je ne serais pas ici à parler avec vous s'il n'y avait pas eu de donneur. C'est quand même la société qui contribue à créer des gens qui n'ont pas d'identité. C'est la loi qu'il faut changer"
Il est vrai qu'il est aujourd'hui conseillé aux familles, par appui notamment sur des travaux de psychanalyse, de lever le secret à propos de la technique de procréation employée. En clair, pour soulager les consciences et assurer une certaine santé mentale, l'on conseille aux familles de dire à leurs enfants qu'ils sont nés par exemple par IAD. Le souci psychologique suscitant ce conseil est globalement reconnu, tout comme le sont les dégâts causés par les secrets de famille.
Mais l'on peut alors douter de l'humanité d'un tel comportement dans le cadre juridique français. D'abord donc il est vivement conseillé de lever le secret (ce qui ne serait toutefois fait que dans 30% des cas), mais ensuite, l'on a pas accès à l'identité ou ne serait-ce qu'à certaines informations non identifiantes du donneur. La levée du secret n'est donc que partielle. C'est cela qui devient inhumain. L'enfant sait qu'il a un géniteur qui n'est pas son père légitime, sociale et affectif, mais ne peut savoir qui il est.
L'on pourrait donc soit livrer des informations non identifiantes à propos du donneur, soit totalement communiquer son identité à l'enfant conçu par IAD qui en éprouverait le besoin ; sans toutefois établir un lien de filiation entre le donneur et l'enfant (rassurons les parents légitimes, sociaux et affectifs). Non ? Même s'il est vrai que cela risque de ne pas encourager la population à faire un don. Quoique... Si l'on est sûr qu'il ne sera pas établi de filiation, où est en réalité le frein ?
14:18 Publié dans Assistance médicale à la procréation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amp
"Elle lui a pris la parole mais pas le reste"
In "La santé à tout prix ; médecine et biopouvoir" de Miguel BENASAYAG.
" Elle n'a plus de vocabulaire, maix exprime des choses abstraites. Sa maladie la plonge dans le moment présent et par le partage de ce moment présent, il est possible d'évoquer des choses passées, des fantasmes. Il n'y a plus aucune chronologie, comme dans les rêves. Une personne peut revêtir plusieurs aspects par la manière dont elle a vécu les choses. A.P s'est ouverte à une certaine poésie que son désir de contrôle et ses obligatoins matérielles ne lui avaient pas laissé le soin d'entretenir. Elle est capable de parler de sa vie, elle conserve l'accès à une certaine mémoire, qui n'est pas une mémoire événementielle. Elle reconnait mêmes les gens qu'elle n'a vus qu'une fois ou deux, ne sait pas dire que ma mère est sa fille mais exprime toujours à sa vue une émotion particulière. Elle est émue devant sa photo. Il n'y a pas d'oubli émotionnel.
Elle a des émotions plus que des humeurs. Elle est parcourue de milles émotions au moment présent. Cela ne m'effraie pas, même quand il s'agit de haine. Elle me semble au contraire encore plus humaine. Si elle a envie de partir, elle ouvre la porte et sort ; elle est autre que ce qu'elle a été, et en même temps, la même. Elle est dynamique, marche, a envie de faire des choses. Elle n'est plus dans la simple acceptation car elle rit d'elle-même, elle rit de son chat en peluche, elle se prend en dérision.
Elle est très belle. Elle chante L'internationale avec mon père, son gendre de gauche. Elle n'a pas du tout oublié l'amour.
Pour mon grand-père, elle est quelqu'un avec quelque chose en moins et qui se détériore. Moi, je sais qu'elle se détériore cognitivement, mais humainement, elle est là. Elle n'est pas du tout une étrangère, sa maladie fait partie de ce qu'elle est, elle lui a enlevé et lui a apporté des choses. Elle lui a pris la parole mais pas le reste. "
A quoi bon mener une politique de gestion des malades d'Alzheimer qui consisterait systématiquement à déraciner ces gens de chez eux ? Certaines personnes sont mieux à leur domicile, au sein de leur famille, que dans des centres. Mais aussi, dans les médias, pourquoi décrire systématiquement les handicapés d'une manière si négative, si tragique, et jamais de manière positive ? Peut-être y-a-t-il un lien de cause à effet avec la norme que nos dirigeants veulent établir ?
Mise en exergue des handicapés pour nous rappeler qu'au contraire nous-mêmes devons être de parfaits producteurs standardisés ?
L'emphase médiatique négative et normative n'est pas sans effet sur la dignité de ces handicapés. Ce ne sont pourtant pas des sous-hommes. Il faut donc arrêter de prendre certaines causes en otage, du moins d'une manière aussi peu pertinente. Pourquoi cautionner la mise en route de cette politique utilitariste de fond ?
Les handicapés sont bien plus riches de qualités qu'on veut nous le faire croire. Le miroir déformant que l'on dépose en face de leur visage n'a aucune justification morale.
Si l'on débloque des fonds de recherche, se soucier de leur état a bien un sens positif. Mais vous savez très bien qu'il ne suffit pas de dire "Nous allons éradiquer la maladie d'Alzheimer" pour que cela se produise, et que même le travail de recherche risque d'être long, voire de n'aboutir à rien de concret. Cet angélisme est ridicule. Tout autant "qu'interdire le cancer" l'est. Il est facile pour M. Sarkozy de balancer deux ou trois idées de gestion de la maladie d'Alzheimer aux médias ; être pertinent ou juste l'est moins.
J'en appelle donc à la modération dans les propos, et à la prise de recul quant au message adressé à notre inconscient par nos dirigeants...
13:49 Publié dans Handicap | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : handicap, alzheimer


