27.02.2008

Tuberculose résistante : à qui la faute ?

Les taux de tuberculoses à bacilles multirésistants (tuberculose MR), une forme qu'il est «pratiquement impossible de traiter», n'ont jamais été aussi élevé, selon un nouveau rapport de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui estime qu'on compte près de 500.000 nouveaux cas chaque année dans le monde (c'est-à-dire 5% environ du nombre total de nouveaux cas de tuberculose, qui est de neuf millions). Ce rapport, rendu public mardi, sur la résistance aux antituberculeux dans le monde a été établi à partir des informations recueillies de 2002 à 2006 auprès de 90.000 malades répartis dans 82 pays. Des cas de tuberculose à bacilles ultrarésistants (tuberculose UR), une forme qu'il est pratiquement impossible de traiter, ont été enregistrés dans 45 pays.

Les bactéries à l'origine de la tuberculose deviennent résistantes lorsque les malades ne reçoivent pas ou ne terminent pas complètement leur traitement médicamenteux (un lien a également établi avec le VIH :  la proportion des cas de tuberculose MR est près de deux fois plus importante chez les malades de la tuberculose vivant avec le VIH que chez les autres). La tuberculose à bacilles résistants, comme la tuberculose à bacilles non résistants, peut être transmise par la voie aérienne d'un sujet infecté à un sujet non infecté. Il faut alors un traitement de deux ans fondé sur des médicaments cent fois plus coûteux que les médicaments de première intention.

L'incapacité latente des gouvernances mondiales à réunir leurs moyens respectifs pour apporter des solutions médicamenteuses concrètes à prix abordables aux pays les plus défavorisés, et par voie de fait la cupidité mêmes des lobbys pharmaceutiques bien plus disposés à réinvestir la part restante de leurs profits (une fois les dividendes monstreuses reversées) au sein d'une recherche désireuse de mettre au point les futurs produits biotechnologiques destinés à soumettre des parts de plus en plus large de la population mondiale  aux standards de consommation d'une certaine technocratie, nous mène donc à cette situation vicieuse où les plus pauvres ont besoin de médicaments de plus en plus coûteux, auxquels de toutes manières ils  n'avaient déjà pas accès lorsqu'ils étaient moins chers.

Un certain espoir était pourtant apparu en décembre 2007, à la lecture d'une étude de la Banque mondiale. Elle établit que le coût économique des décès liés à la tuberculose (et à la co-infection avec le VIH) en Afrique subsaharienne de 2006 à 2015 en l'absence de traitement efficace contre la tuberculose, tel que recommandé par la Stratégie OMS Halte à la tuberculose, s'établira à 519 milliards de dollars. Néanmoins, si ces mêmes pays devaient offrir ces traitements à leurs patients et s'en tenir au plan mondial de réduire de moitié, par rapport aux chiffres de 1990, la prévalence et la mortalité d'ici 2015, ils verraient leurs gains économiques dépasser d'environ neuf fois les coûts. Le Plan mondial Halte à la tuberculose, élaboré par le partenariat Halte à la tuberculose, coûterait deux milliards de dollars par an pour le diagnostic et le traitement de la tuberculose en Afrique jusqu'en 2015 et cinq à six milliards de dollars dans le monde.  «Il y avait déjà des raisons impérieuses de lutter contre la tuberculose, responsable de tant de souffrances humaines. Désormais, une autre motivation s'y ajoute: tout porte à croire que les investissements pour réaliser l'objectif du Millénaire pour le développement relatif à la tuberculose entraîneront des gains économiques importants», a déclaré le Dr Margaret Chan, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Encore faut-il avoir de quoi investir. Peut-être un geste de notre part aurait-il ici sa place ? Il faut également admettre que cette enquête peut laisser dubitatif sur le plan moral. Ne faut-il pas avoir un certain culot pour conseiller à des états aux caisses parfois bien vides d'investir à coûts de milliards, pendant que nous-mêmes, au sein de pays plus riches, nous en gaspillons allégrement quelques-uns ?

Économiquement parlant, le développement des traitements antituberculeux se justifie aussi ailleurs qu'en Afrique. L'étude révèle que le rendement économique serait encore plus élevé dans des pays comme la Chine ou l'Inde, où les projections de la croissance des revenus pour les dix prochaines années sont plus élevées et la charge de la co-infection avec le VIH moins lourde, et où les investissements pourraient trouver leur financement par la propre croissant de ces pays,  plutôt que par notre ingérence médicale.