08.03.2008
Filtre à particules
Chronique d'un désastre annoncé
et ultra fines et les symptômes de l’asthme. Ou encore celle de l’Université de Gand qui souligne que les particules fines seraient responsables de 10 000 cancers du poumon mortels par million d’habitants et que pour les maladies cardio-vasculaires les chiffres seraient du même ordre. Enfin, l’Hôpital Karolinska de Stockholm souligne que les hommes exposés à des particules diesel en raison de leur métier (conducteurs de taxi et de bus, camionneurs, mécaniciens, ouvriers) seraient exposés à une probabilité accrue de 63 % de développement de développer un cancer pulmonaire ce qui rapproche du danger lié à l’inhalation des fibres d’amiante 68 % de prédisposition à cette forme de cancer.
[...] Tout d’abord, l’application des normes Euro5 interdit, à partir du 1er septembre 2009, la mise en circulation de toute nouvelle voiture diesel émettant plus de 5 milligrammes de particules par kilomètre. Cette mesure pourrait être anticipée par toutes les flottes captives [...]. En second lieu, les mesures prises dans les pays voisins pourraient être adoptées en France. Il s’agit, tout d’abord, d’encourager les propriétaires de véhicules diesel à acquérir un filtre à particules. Ainsi, en Allemagne , en Autriche , une aide est accordée à tout propriétaire qui acquiert un tel filtre pour un véhicule en circulation. [On pourrait] aussi s’inspirer des exemples de Berlin et de Cologne qui prévoient l’introduction des éco-zones au 1er janvier 2008, ou encore Stuttgart en septembre 2009. Il en va de même désormais dans certaines villes d’Autriche et d’Italie. Suivant cette dynamique, [les grandes villes] devraient progressivement se fermer aux véhicules diesel non dotés de filtres à particules.
Par ailleurs, les transports collectifs devraient également être concernés. On pourrait imaginer des taxis proposant une offre de cabvert, taxis parisiens à 0 émission, comme le fait actuellement la ville de New York. Ce serait à la fois un mieux pour la santé des parisiens et pour les conditions de vie des taxis. De même, la RATP qui commence à équiper ses bus au gaz devrait être encouragée à accélérer cette politique et à abandonner le plus vite possible le diesel. Ainsi, la ville de Paris, pourrait-elle, à l’instar des grandes villes européennes en ce qui concerne l’ozone et les particules fines qui sont incontestablement les polluants les plus préoccupants, en dehors des métaux lourds, se prévaloir d’une véritable politique de lutte contre la pollution, en attendant que la France accepte de manière générale de prendre conscience de la gravité du problème sanitaire et agisse en conséquence. Face à l’incurie des pouvoirs publics, il appartient aux Maires, élus de proximités par excellence, de relever ce défi sanitaire. Nous sommes élus pour que le quotidien de chacun ne soit pas détruit par l’incurie et le manque de courage politique.
Par Corinne Lepage
http://corinnelepage.hautetfort.com
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27.02.2008
Tuberculose résistante : à qui la faute ?
Les taux de tuberculoses à bacilles multirésistants (tuberculose MR), une forme qu'il est «pratiquement impossible de traiter», n'ont jamais été aussi élevé, selon un nouveau rapport de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui estime qu'on compte près de 500.000 nouveaux cas chaque année dans le monde (c'est-à-dire 5% environ du nombre total de nouveaux cas de tuberculose, qui est de neuf millions). Ce rapport, rendu public mardi, sur la résistance aux antituberculeux dans le monde a été établi à partir des informations recueillies de 2002 à 2006 auprès de 90.000 malades répartis dans 82 pays. Des cas de tuberculose à bacilles ultrarésistants (tuberculose UR), une forme qu'il est pratiquement impossible de traiter, ont été enregistrés dans 45 pays.
Les bactéries à l'origine de la tuberculose deviennent résistantes lorsque les malades ne reçoivent pas ou ne terminent pas complètement leur traitement médicamenteux (un lien a également établi avec le VIH : la proportion des cas de tuberculose MR est près de deux fois plus importante chez les malades de la tuberculose vivant avec le VIH que chez les autres). La tuberculose à bacilles résistants, comme la tuberculose à bacilles non résistants, peut être transmise par la voie aérienne d'un sujet infecté à un sujet non infecté. Il faut alors un traitement de deux ans fondé sur des médicaments cent fois plus coûteux que les médicaments de première intention.
L'incapacité latente des gouvernances mondiales à réunir leurs moyens respectifs pour apporter des solutions médicamenteuses concrètes à prix abordables aux pays les plus défavorisés, et par voie de fait la cupidité mêmes des lobbys pharmaceutiques bien plus disposés à réinvestir la part restante de leurs profits (une fois les dividendes monstreuses reversées) au sein d'une recherche désireuse de mettre au point les futurs produits biotechnologiques destinés à soumettre des parts de plus en plus large de la population mondiale aux standards de consommation d'une certaine technocratie, nous mène donc à cette situation vicieuse où les plus pauvres ont besoin de médicaments de plus en plus coûteux, auxquels de toutes manières ils n'avaient déjà pas accès lorsqu'ils étaient moins chers.
Un certain espoir était pourtant apparu en décembre 2007, à la lecture d'une étude de la Banque mondiale. Elle établit que le coût économique des décès liés à la tuberculose (et à la co-infection avec le VIH) en Afrique subsaharienne de 2006 à 2015 en l'absence de traitement efficace contre la tuberculose, tel que recommandé par la Stratégie OMS Halte à la tuberculose, s'établira à 519 milliards de dollars. Néanmoins, si ces mêmes pays devaient offrir ces traitements à leurs patients et s'en tenir au plan mondial de réduire de moitié, par rapport aux chiffres de 1990, la prévalence et la mortalité d'ici 2015, ils verraient leurs gains économiques dépasser d'environ neuf fois les coûts. Le Plan mondial Halte à la tuberculose, élaboré par le partenariat Halte à la tuberculose, coûterait deux milliards de dollars par an pour le diagnostic et le traitement de la tuberculose en Afrique jusqu'en 2015 et cinq à six milliards de dollars dans le monde. «Il y avait déjà des raisons impérieuses de lutter contre la tuberculose, responsable de tant de souffrances humaines. Désormais, une autre motivation s'y ajoute: tout porte à croire que les investissements pour réaliser l'objectif du Millénaire pour le développement relatif à la tuberculose entraîneront des gains économiques importants», a déclaré le Dr Margaret Chan, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Encore faut-il avoir de quoi investir. Peut-être un geste de notre part aurait-il ici sa place ? Il faut également admettre que cette enquête peut laisser dubitatif sur le plan moral. Ne faut-il pas avoir un certain culot pour conseiller à des états aux caisses parfois bien vides d'investir à coûts de milliards, pendant que nous-mêmes, au sein de pays plus riches, nous en gaspillons allégrement quelques-uns ?
Économiquement parlant, le développement des traitements antituberculeux se justifie aussi ailleurs qu'en Afrique. L'étude révèle que le rendement économique serait encore plus élevé dans des pays comme la Chine ou l'Inde, où les projections de la croissance des revenus pour les dix prochaines années sont plus élevées et la charge de la co-infection avec le VIH moins lourde, et où les investissements pourraient trouver leur financement par la propre croissant de ces pays, plutôt que par notre ingérence médicale.
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